Carnet de Palestine

16. We refuse to be enemies

Ce vendredi, nous avons rendez-vous avec Amal. Physiothérapeute à l'hôpital Caritas de Bethléem, elle participait à notre petite sortie, lundi dernier, à la campagne. Elle nous avait parlé de l'endroit où sa famille vit, une ferme sur une colline entourée de quatre colonies, qui avancent vers elle d'années en années. Mais la famille Nassar n'est pas du genre à baisser les bras. Il y a 10 ans, Daoud, le grand frère d'Amal, a eu l'idée d'une structure associative capable d'accueillir des volontaires internationaux, qui les aident aux travaux des champs tout en visitant la région, afin qu'il y ait toujours des étrangers avec eux sur leurs terres, des témoins auxquels l'armée n'ose pas toucher - en un mot, des protecteurs. Cet endroit a été baptisé - c'est le mot, car la famille Nassar est chrétienne - « Tent of Nations - People build bridges ».

 

 

La colline des Nassar

 

 
La colonie avance peu à peu vers le village palestinien en contre-bas...
 
 

En arrivant d'Hébron, suivant les indications d'Amal, nous sommes obligés de laisser la voiture sur le bord de la petite route, barrée d'un gros bloc de pierre, et de finir à pied. Dahar nous accueille et nous fait visiter la propriété : les vignes et les champs d'oliviers, les grottes rondes traditionnelles où vivait la famille autrefois, transformées l'une en dortoir pour les volontaires, l'autre en petite chapelle, l'endroit où l'on foulait le raisin, aujourd'hui devenu réservoir d'eau de pluie... C'est un très bel endroit, d'où la vue sur les collines alentours est à couper le souffle. Par beau temps, on peut voir Gaza et, juste derrière, la mer. Si l'on ignorait la situation, nous pourrions nous croire un peu en vacances. Mais deux soldats en jeep, surgis d'un coup, interpellent Dahar depuis la petite route en contre-bas et lui posent des questions sur nous - retour à la réalité.

 

 
Les tentes et, à quelques mètres, une des quatre colonies...
 
 

 

Marc fait de nombreuses photographies, Bruno dessine Mary, l'aînée de la famille, tandis que je l'interroge, puis Tony, l'un des frères Nassar, puis deux de ses nièces. Nous dînons sur la terrasse, formant une grande tablée avec les volontaires. L'ambiance me rappelle beaucoup les chantiers de fouilles archéologiques de ma jeunesse : nous rencontrons une Australienne, une Japonaise, un Italien, des Suédois, des Allemands, dont l'un fait ici son service civil. Le soir, un groupe de jeunes Berlinoises nous offre même un spectacle de danse...

 

 
Amal, qui ne croit qu'au dialogue...
 

Mais le long entretien avec Amal ne laisse aucun doute : nous ne sommes pas en vacances. Marc l'enregistre, car je ne veux pas en perdre un seul mot. Le récit de la vie dans ce petit îlot de tolérance et d'espoir est un combat de tous les jours : pas d'eau courante, ni d'électricité, pas le droit de construire le moindre petit édifice en dur (alors qu'en face, les maisons poussent, poussent, poussent, grignottant la colline ; les rues sont éclairées la nuit ; les gens ont des piscines et des jardins d'agrément) et, sans cesse, des intimidations, tantôt des colons, tantôt de l'armée.

 

 

D'ailleurs, le soir même, nous en avons la preuve... Alors que nous dormons sous les tentes avec les volontaires depuis deux heures, six jeeps arrivent en trombe chargées de 40 soldats armés jusqu'aux dents. Ils cognent à grands coups sur la porte de la propriété, arrachent le cadenas, défoncent la grille et entrent. De mon lit, j'entends qu'on interroge un volontaire allemand : « Do you have your passeport ? Are you a journalist ? » Puis Amal vient, sur la pointe des pieds, secouer Marc et Bruno, qui dorment : « French people, come on ! You have to see ! » Elle veut des témoins étrangers, sur lesquels l'armée n'a pas prise : devant eux, les soldats osent moins violenter les Palestiniens...

 

    

Dahar, au matin d'une nuit éprouvante...

 

 

Finalement, après une heure passée à tenir en joue la famille Nassar et à déambuler dans la propriété, les soldats repartent comme ils sont venus, en faisant ronfler les moteurs des jeeps. Ils sortent par la grille béante, défoncée, renversant au passage la pierre posée à l'entrée, sur laquelle est inscrit : « We refuse to be enemies. »

Ce matin lorsque nous partons, la pierre est de nouveau debout... comme la famille Nassar, fidèle à son idéal de dialogue et de Paix.

 

 

 


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Publié à 15:07, le 24.10.2009, Bethléem
Mots clefs : volontaires internationauxTent of Nationsincursioncolonies


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Trois artistes voyageurs partis dans le cadre d'un échange artistique franco-palestinien entre les Centres culturels français sur place et le Rendez-Vous du Carnet de Voyage de Clermont-Ferrand.

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