Carnet de Palestine

21. Le blues de Naplouse

Ce matin, nous partons vers le Nord. Nous allons accrocher notre exposition à Naplouse. Pour cela, il faut d'abord pouvoir sortir de Ramallah ! Nous nous dirigeons comme nous pouvons, suivant les indications plus ou moins précises des uns et des autres. Il y a  peu de panneaux ici, mais des gens partout, toujours près à nous renseigner, en anglais la plupart du temps.
Des policiers palestiniens nous expliquent où rejoindre la 60 : nous apercevons bientôt le premier panneau Nablus et la route qui passe derrière le check-point. Hélas, la jeune soldate israélienne en faction, la mitraillette en bandoulière, nous en refuse l'accès... malgré notre belle plaque jaune ! Pour passer là, il faut être au volant d'une ambulance ou d'une voiture diplomatique. Nos lettres du Consulat ne suffisent pas. Demi-tour...
"You must go to Kalandia !" nous dit-elle, l'oeil sévère. Nous n'en avons aucune envie : ce gros check-point est à l'entrée Sud de Ramallah et nous allons au Nord : nous n'allons pas retraverser tout Ramallah dans l'autre sens pour le contourner entièrement par l'extérieur ensuite ! D'après notre carte routière, il existe une autre sortie possible dans le coin, par l'une des petites routes laissées aux plaques vertes,.. Nous retournons interroger les policiers palestiniens. L'un d'entre eux enfourche sa moto et nous escorte jusqu'à la jonction suivante...
 
 
Nous voilà enfin à Naplouse. Bruno, qui en avait gardé un souvenir plutôt "glauque", est agréablement surpris : le gros check-point d'entrée semble désaffecté. L'activité bat son plein dans les rues. La vieille ville où nous guide Anas, jeune volontaire de l'association Project Hope, est bien vivante. Des flux de musique, de couleurs, de parfums... coulent dans les ruelles, sous les vieux balcons ottomans et les murs qui témoignent encore, avec force, de l'engagement de Naplouse.
 
 
 
 
Anas nous emmène ensuite jusqu'à Balata, le camp de réfugiés le plus vaste de Palestine, mitoyen de Naplouse. Le provisoire, géré par l'O.N.U. depuis 1948, est peu à peu devenu permanent. Aujourd'hui, c'est une ville de 30 000 habitants.
Nous y rencontrons le directeur du Happy Childhood Club, une association qui tente d'adoucir l'enfance des réfugiés - ou plutôt, de leurs petits et arrière-petits-enfants... Jamal nous montre un visage impassible, figé dans une expression de tristesse distante. L'entretien sera long : je l'interroge en anglais, il me répond en arabe, Anas me le traduit en anglais et je note ses réponses en français dans mon petit carnet. Tandis que Marc et Bruno partent faire un tour dans les rues du camp, accompagnés de deux jeunes gens costauds - impossible d'y aller seuls, nous dit-on - la conversation continue dehors. "Je suis ici comme un poisson dans son bocal" me dit Jamal...
 
 
 
 
 
 
 
La nuit tombée, nous rentrons à l'hôtel dans des rues méconnaissables, étonnamment désertes... Plus tard, quand nous questionnerons les gens à ce sujet, certains nous dirons que c'est juste une question de quartier, que ça bouge tard le soir ailleurs. D'autres que c'est une habitude prise pendant la Seconde Intifada, lorsque le couvre-feu bloquait tout dès le soleil couché.  Les derniers, que c'est à cause des incursions encore très régulières, et meurtrières, de l'armée israélienne dans la ville... Nous nous couchons plus tôt que d'habitude, avec le blues de Naplouse.
 

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Publié à 09:04, le 29.10.2009, Naplouse
Mots clefs : camp de réfugiésProject Hopecouvre-feucheck-pointcirculationnuit


18. Sur la route... mais laquelle ?

Après notre nuit mouvementée, nous quittons Amal et les siens... qui s'excusent de nous avoir reçus dans de telles conditions. Nous protestons, bien sûr : NOUS sommes désolés pour eux. Désolés, boulversés, révoltés... difficile de trouver les mots qui conviennent ! Difficile de tourner la page et de laisser cette famille, si attachante, derrière nous.

Mais nous devons partir : ce soir, nous décrochons notre exposition au CCFA de Ramallah. Décidés à souffler un peu, nous nous offrons une visite de Bethléem et sa Nativité...

 

 

 

 

Ensuite, cap sur Ramallah. En théorie, c'est assez simple : tout droit, du Sud vers le Nord. Bethléem, Jérusalem, Ramallah. Dans la pratique, ça se complique. N'étant pas Palestiniens, nous avons eu le privilège de pouvoir louer une voiture à plaque jaune (israélienne) nous permettant de prendre les routes directes interdites aux plaques vertes (palestiniennes) - cela, sur leurs propres "Territoires" !

Mais les codes sont obscurs pour qui n'est pas local... Parfois, nous n'arrivons pas à savoir de quel côté du mur nous sommes ! Et, si nous roulons côté palestinien, sommes-nous  en zone A (sous contrôle unique de l'Autorité palestinienne), B (mixte) ou C (sous contrôle des Israéliens) ? Bref, c'est ainsi qu'aujourd'hui, sans le vouloir vraiment, nous quittons la 60 pour prendre la fameuse route, longue et sinueuse, réservée (ou plutôt "laissée") aux Palestiniens. Contournant largement Jérusalem à l'Est, elle a l'inconvénient majeur de doubler le temps de parcours... mais l'avantage de nous offrir un paysage d'une beauté fabuleuse !

 

 

 

Que cette terre serait belle, sans miradors ni barbelés !

 


Commentaires
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Publié à 10:43, le 25.10.2009, Bethléem
Mots clefs : routeszonescirculationPaysage


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Trois artistes voyageurs partis dans le cadre d'un échange artistique franco-palestinien entre les Centres culturels français sur place et le Rendez-Vous du Carnet de Voyage de Clermont-Ferrand.

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